Conférence : Démocratie et Budget Participatif

Lien pour la Vidéo de la conférence !

Lors du Forum de l’Autonomie à Saint-Pierre-de-Frugie, organisé par l’éco-centre Périgord-Limousin en octobre 2015, le maire EELV du 2ème arrondissement de Paris, Jacques Boutault, nous a exposé les actions qu’il a menées avec son équipe municipale depuis 14 ans sur l’installation des conseils de quartier, la démocratie participative et le budget participatif.

Je suis toujours intéressé d’entendre un homme politique nous parler de tel ou tel innovation, de diverses découvertes ou nouvelle mise en place. Je l’avoue, à chaque fois, dans les médias, je m’attend à une bonne dose de rigolade lorsqu’une figure politique s’exprime et mon esprit pétillait déjà de sarcasme face à un discours de non-dits et de récupération politique. Le « parlé » des politiques m’a longtemps fait grincer les dents et m’a souvent énervé, après chaque JT. Depuis quelques temps, voyant bien que c’est pauvres bougres n’ont ni pouvoir, ni courage, je préfère en rire et je m’amuse à décortiquer les phrases prononcées pour mon plaisir.

Jacques Boutault Maire du 2è arrondissement de Paris
Jacques Boutault Maire du 2è arrondissement de Paris

La vie politique à Paris ! Ah, la grande et mesquine politique, celle de toute la presse, celle de tous les rebondissements, de tous les coup-bas … Celle qu’on regarde de loin, intrigué, sur la défensive.

Mais face à la salle de la Mairie de Firbeix, un homme simple, en baskets, sourire aux lèvres, visiblement content d’être présent au forum de l’Autonomie. Je suis gentiment autorisé à filmer la conférence sans contrepartie et malgré mon absence de micro performant et de trépied, je me lance.

Après des remerciements sincères mais quelques peu protocolaires, Mr le maire, Jacques Boutault nous explique son parcours politique en revenant sur les 14 ans au poste de Maire du 2ème arrondissement de Paris. Après de nombreuses années dans l’associatif sociale et écologique (GreenPeace, les Amis de la Terre, …), ce militant est invité par Les Verts, à l’époque, à se présenter au poste de maire, sans grande conviction de remporter l’arrondissement, nous dit-il. Puis, par accord politique et regroupement de partis entre le PS et Les Verts, il gagne, en 2001, la Mairie. Il commence à mettre en place plusieurs actions innovantes et courageuses dans son arrondissement, malgré la retenue de ses compères qui le pousse vers l’inaction et le risque minimum. Il sera réélu en 2008 et en 2014, pouvant ainsi développer les démarches entreprises depuis le début.

Quelques années avant la loi Vaillant, Mr Boutault décide de scinder son petit arrondissement (100 hectares et 24 000 habitants) en 3 quartiers et il y installe un début de démocratie participative avec la création de conseils de quartiers composés de 21 membres. Trois élus tout d’abord (le maire ou son représentant, un élu de la majorité et un de l’opposition) qui n’ont pas de droit de vote et 18 conseillers et conseillères, à parité stricte dont 6 sont des personnalités qualifiées (représentant d’associations, commissaire, curé, …). Sur la base du volontariat, les conseillers candidatent et un tirage au sort départage un surplus de candidatures. Ces conseils de quartier sont renouvelés à raison d’un quart tous les ans et une forte communication de la Mairie incite les habitants à s’impliquer et à se présenter (ce qui semble n’être pas si simple que ça). Chacun des trois conseils de quartier a un budget de fonctionnement de 3 000€ et d’investissement de 8 000€ à sa disposition. Petite somme qui ne permet pas de mettre en place de grands projets et surtout qui est très limité dans son utilisation.

maxresdefaultFace à ce constat, lors du mandat suivant (2008), Jacques Boutault met en place le Budget participatif, dans le deuxième arrondissement de Paris. Le Budget d’investissement de l’arrondissement est alors reparti entre les besoins techniques de l’arrondissement (rénovation de façade, de routes, entretien d’équipement, …) et tous les projets portés par les habitants à travers les conseils de quartier. Les propositions des citoyens sont regroupés et leur faisabilité est étudiée avant d’être soumises aux votes de la population dans de multiples lieux publiques.

Inspiré par cette démarche, en 2015, le Budget Participatif s’étend à la Ville de Paris qui amplifie le mouvement de ces investissements citoyens.

Tous les détails techniques et leur mise en place ont été bien détaillés lors de la conférence que vous retrouvez dans la vidéo, ainsi je ne rentrerais pas dans l’explication du fonctionnement à proprement parlé. J’aimerais me focaliser surtout sur les avantages et les quelques inconvénients relatifs à la Démocratie Participative et au Budget Participatif que nous expose Mr le Maire.

Vidéo : Démocratie et Budget Participatif

Le mode d'emploi du budget participatif
Le mode d’emploi du budget participatif

Comme nous le répète Jacques Boutault, ces deux initiatives font petit à petit boule de neige sur l’agglomération de Paris mais elles sont contraintes dans le cadre très rigide d’un gouvernement représentatif en place. Nous parlons bien d’utilisation de l’argent publique et de l’implication des citoyens dans leur quartier. Il ne s’agit pas, ici, de remettre en question tout le système politique français mais bien de redonner aux habitants une place et une voix face aux priorités qui les concernent.

En premier lieu, ce qui me séduit le plus, c’est l’ouverture aux habitants des réunions et des débats relatifs aux investissements de leur quartier. Les conseils de quartier, en plus d’être composés de citoyens, tiennent des réunions ouvertes au publique ainsi les négociations, les décisions, les pours et les contres sont entendus des personnes intéressées par les projets. Il me semble que ce point redonne déjà beaucoup de confiance dans les décisions politiques et chacun peut, en respectant, quand même, certaines règles de prise de paroles, poser des questions ou réagir sur tel ou tel débat.

De plus, les choix retenus par la municipalité seront exposés au conseil de quartier et devront être justifiés correctement sous peine de recevoir un très fort mécontentement des conseillers et une grogne générale. Cette transparence amène, à mon avis, un pouvoir politique non négligeable aux habitants et devrait leur donner envie de s’impliquer plus dans leur quartier et sur les questions qui leur tiennent à cœur. Ce pouvoir apporte une réflexion sur le quartier, les projets, les priorités, les possibilités, … et cette réflexion crée de la discutions entre les habitants qui peuvent porter et diffuser un ou plusieurs projets d’investissement à leur entourage.  Confiance, implication, discutions et écoute, voilà des valeurs qui me parlent.

logo_paris_bpMême si, vous le voyez bien, ce pouvoir n’est pas gigantesque, il intègre des valeurs et des changements qui vont dans le sens d’une prise d’initiative et implication des citoyens à la vie de leur quartier, village, commune, … Les figures politiques ne peuvent plus diriger à leur bon vouloir leur juridiction, leur pouvoir de décision est contenu dans un nouveau cadre, aussi fragile qu’il soit.

Au delà de ce changement de mentalité et de cette prise de pouvoir, ce système présente deux inconvénients, à mon avis. Comme l’aborde le maire dans la conférence, il est pas évident de maintenir une bonne participation des citoyens. Il faut toujours pousser à grand coup de publicités, d’annonce, d’évènements, … pour conserver l’intérêt. Il me semble que pour l’instant ce genre d’organisation citoyenne n’est pas dans les mœurs et qui convient d’éduquer la population pas à pas. La plupart des gens sont embourbés dans un quotidien trop court pour leur longues heures de travail, le trajet boulot-maison et leur vie de famille. Si l’organisation sociale tend un jour vers des jobs moins contraignants et surtout moins énergivores, l’implication des habitants, qui auront plus de temps de liberté, augmentera.

La deuxième limite, pour l’instant, est le cadre législatif imposé par les gouvernements actuels et le manque de pouvoir crucial des instances politiques. Dans le but d’investir dans des projets réellement impactant pour les questions de demain (écologie, économie, rapports aux autres, organisation sociale et solidaire, …), il faudrait élargir ce cadre qui limite considérablement les avancées possible grâce à la démocratie et au budget participatif. De l’investissement qui ne génère aucun frais de fonctionnement, aucune aide possible aux associations ou aux petites entreprises, coup de publicité difficile pour des évènements, … autant de freins qui font stagner les projets à de petites améliorations du quotidien, certes importantes, mais si loin des préoccupations premières pour construire un monde plus résilient et durable.

4611_075_Logo-BPMalgré ces inconvénients et la petitesse des pas effectués par l’équipe municipale du deuxième arrondissement de Paris depuis que Jacques Boutault en est le maire, il me semble que d’agir à son échelle, avec un bonne dose de courage et de passion, pour mettre en place le meilleur changement possible et applicable dans le cadre que l’on nous donne, est déjà un exploit particulièrement appréciable. Savoir jouer avec les limites du gouvernement représentatif dans lequel nous nous trouvons, par delà les critiques et les reproches subis, n’est pas évident et assez rare pour être grandement félicité.

Pour ma part, je suis sorti gorgé d’énergie et de motivation après cette conférence d’un homme politique qui a su prendre les choses en main pour apporter à sa commune une multitude de changements qui j’espère amènera les citoyens à réfléchir encore plus loin et à vouloir se réapproprier les pouvoirs politiques qu’ils n’ont jamais vraiment eu.


bp_2015_calendarPour résumer, la démocratie et le budget participatif devraient être associés à d’autres changements afin d’être d’une efficacité redoutable. Elle apporte, déjà, dans son sillage, de belles valeurs et une petite prise de pouvoir par les citoyens. Il faut maintenant intégrer dans ce système d’autres éléments afin que la Symbiose opère (éducation à la Communication Non-Violente, réflexion sur le système éducatif, monnaie locale et réseaux de proximité, politique sociale, …).

Je suis confiant et ces petites gouttes d’eau pourront, si elles sont entretenues, changer un désert en oasis.

Au moment des questions du publique, certains bénévoles du Forum de l’Autonomie commencent cet échange avec virulence et aborde la démocratie directe. Ça a beau être décalé par rapport au sujet de la conférence, le sujet est très intéressant et est bien abordé par Etienne Chouard dans ses conférences sur la cause des causes et les assemblés constituantes.

Bon visionnage et n’hésitez pas à commenter la conférence ou cet article. Le débat est ouvert !

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5 réflexions sur « Conférence : Démocratie et Budget Participatif »

  1. salut!!!!! toujours très intéressants tes retours d’expériences et tes vidéos ça permet de continuer à s’informer sur de belles initiatives…. ceci est un bon début et les conseils de quartiers un vrai pas pour plus d’implication des citoyens…. mais je reste persuadé que la politique ne doit pas être entre les mains de professionnels et s’exercer aux ateliers constituants me semble une nécessite pour refonder la vraie démocratie… culturellement valérie.
    .

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    1. Merci pour le commentaire. Comme je le dis, ce que j’ai particulièrement aimé chez Jacques Boutault, c’est sa philosophie « avec mon peu de pouvoir qu’est-ce que je peux mettre en place le plus haut possible dans le petit cadre qui m’a été confié ? ».
      Bien entendu, réfléchir à la constitution, réduire les armes du pouvoir aux instances politiques et industrielles, reprendre en main les décisions importantes (lois, réformes, budgets, …) est la clef ou la cause des causes, comme le dit Etienne Chouard mais, aujourd’hui, l’implication des citoyens par ce genre d’action amène une implication plus grande et un intérêt croissant.
      Face aux conférence de Chouard, la première critique qui me revient c’est toujours « même si les citoyens reprennent les clef de leur constitution, ça ne changera rien car tout le monde s’en fout de la politique ». La démocratie et le budget participatif est une première pierre qui montre le chemin et prouve que chacun peut faire de la politique à son niveau.
      Merci beaucoup et bonne lecture.

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  2. Toutes les idées qui vont dans le bon sens sont bonnes à prendre mais ce maire reste une exception malheureusement!!! à Saillans les habitants se sont présentés aux élections municipales sans avoir rien préparé et ont été élus au premier tour…. ils se sont retrouvés autour d’un intérêt commun : interdire l’ouverture d’une grande surface sur leur commune et ça a suffit pour susciter l’adhésion à un projet bien plus grand : virer l’équipe municipale en place et donner de la voix aux citoyens de la commune avec toutes les difficultés que cela comporte….. bisous et
    a plus je t’ai envoyé une invitation sur facebook!!

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    1. Oh oui, ce sont des exceptions, je suis bien d’accord. Toutes les exceptions montrent un chemin et une possibilité. On ne peut pas parler de pionniers mais le principe est le même. Soit de nouvelles personnes s’en inspirent, font évoluer le principe et améliorent le système, soit ça s’étouffe et ça meure, laissant juste une petite trace … Voyons comment cela évolue, dans quel sens. Au moins les prochains auront de quoi s’inspirer et s’appuyer s’ils veulent tenter des choses …
      Rien n’est jamais parfait mais tout est évolution !

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